Transformer le réel pour regarder autrement
Mon travail part du réel, mais ne cherche pas à le reproduire.
Un paysage, un arbre, une architecture, un ciel, une fleur ou parfois un détail presque anodin attire mon regard. Une lumière, une forme, une couleur ou une composition retient mon attention. La photographie devient alors le point de départ d’un processus de transformation.
Avec mes Planètes Imaginaires, je cherche à déplacer les repères. À faire apparaître, à partir de ce qui existe, un monde différent. Un monde qui conserve la mémoire du réel tout en ouvrant la porte à l’imaginaire.
Certaines de mes créations restent figuratives. D’autres s’éloignent progressivement de leur origine jusqu’à frôler l’abstraction. C’est précisément cet espace intermédiaire qui m’intéresse : celui où l’on reconnaît quelque chose sans toujours pouvoir dire immédiatement ce que l’on regarde.
Mon intention artistique
À travers mon travail, je cherche d’abord à surprendre et à émerveiller.
Transformer un paysage, un arbre, une architecture ou un fragment du quotidien permet parfois de révéler ce que l’habitude nous empêche de voir. Le familier devient étrange. Un lieu connu se transforme en territoire imaginaire. Une photographie peut alors ouvrir un espace où chacun construit sa propre lecture.
J’aime également que mes images puissent questionner le regard.
Que voit-on réellement ? Où s’arrête la photographie et où commence la transformation ? Est-on encore devant un paysage ou déjà face à une abstraction ?
Cette hésitation m’intéresse. Elle invite à ne pas seulement reconnaître une image, mais à prendre le temps de l’explorer.
Je revendique aussi une place pour la beauté, la poésie et la légèreté.
Dans un monde saturé d’images, souvent traversé par l’urgence et l’inquiétude, j’aime l’idée que mes créations puissent offrir une respiration. Qu’elles puissent provoquer un étonnement, une émotion, un sourire ou simplement le plaisir de regarder.
Cette recherche du beau n’exclut ni le questionnement ni l’étrangeté. Elle constitue au contraire l’un des chemins que j’emprunte pour déplacer notre perception du réel.
Créer une Planète Imaginaire, c’est finalement partir de ce qui existe pour tenter d’en faire surgir quelque chose d’inattendu : un monde à la fois familier et impossible, capable de surprendre, de questionner et, peut-être, d’émerveiller.
Le réel comme point de départ
Même lorsque l’image finale semble irréelle ou presque abstraite, son origine reste photographique.
Je pars toujours d’une prise de vue. Il y a donc, derrière chaque création, un lieu rencontré, une lumière particulière, une saison, un instant ou parfois simplement un détail qui a attiré mon attention.
Ce lien avec le réel est important pour moi.
Il donne à chaque Planète une histoire, même lorsque celle-ci n’est plus immédiatement perceptible dans l’image finale.
Je ne photographie cependant pas toujours avec une idée précise du résultat. Il m’arrive de reconnaître immédiatement le potentiel d’une scène. Mais certaines photographies peuvent rester longtemps dans mes archives avant de révéler une possibilité de transformation.
Une image prise presque par hasard peut ainsi devenir, plusieurs mois plus tard, le point de départ d’une nouvelle création.
Transformer plutôt que reproduire
Une fois la photographie réalisée, commence une autre étape.
L’image devient progressivement une matière de création.
Je transforme les perspectives. Je courbe les lignes. Je rapproche ou éloigne certains éléments. J’explore les rythmes, les couleurs, les équilibres et les tensions qui apparaissent au cours du travail.
Je ne cherche pas simplement à appliquer un procédé.
Chaque photographie réagit différemment à la transformation. Certaines directions fonctionnent, d’autres non. Il faut essayer, revenir en arrière, recommencer, abandonner parfois une piste pour en découvrir une autre.
Peu à peu, l’image originale cesse d’être uniquement descriptive.
Un paysage n’est plus seulement un paysage. Une architecture peut devenir une forme. Un arbre peut se transformer en structure graphique. Un ciel peut devenir matière.
C’est à ce moment que la photographie commence, pour moi, à ouvrir un autre espace.
Le cercle comme langage
La forme circulaire occupe naturellement une place centrale dans mon travail.
À l’origine, elle est liée à la photographie panoramique et aux transformations qui ont donné naissance à mes premières Planètes Imaginaires.
Mais au fil des années, le cercle est devenu bien davantage qu’un procédé.
Il est devenu un langage plastique.
Le cercle bouleverse notre manière habituelle de regarder un paysage. L’horizon disparaît ou se replie sur lui-même. Le haut et le bas deviennent relatifs. Le regard est attiré vers un centre, puis repart vers l’extérieur.
Cette forme peut évoquer une planète, mais également un œil, une cellule, une orbite, un organisme ou simplement un espace autonome.
Je ne cherche pas à imposer une interprétation.
J’aime au contraire laisser cette forme ouverte à l’imaginaire de celui qui la regarde.
Chaque Planète crée ainsi son propre équilibre, son propre espace et parfois même ses propres lois.
Entre figuration et abstraction
Cette frontière entre le réel et l’abstraction est devenue progressivement l’un des territoires les plus stimulants de ma recherche.
Certaines créations permettent encore d’identifier immédiatement leur origine. Un arbre, une montagne, une ville ou une architecture demeure présent.
Dans d’autres images, le sujet initial s’efface davantage.
Les lignes, les matières, les couleurs et les rythmes prennent alors le dessus. L’image commence à exister indépendamment du lieu qui lui a donné naissance.
Une question revient régulièrement dans mon travail : jusqu’où puis-je transformer le réel sans en effacer complètement la mémoire ?
Je n’ai pas envie d’y apporter une réponse définitive.
C’est justement cette tension qui m’intéresse : le moment où l’œil croit reconnaître quelque chose, puis doute ; où la photographie semble basculer vers l’abstraction tout en conservant une trace de ce qui était là.
Le hasard et l’expérimentation
Ma démarche laisse aussi une place importante au hasard.
Je peux commencer une création avec une idée très précise et découvrir, en cours de travail, une forme ou une composition que je n’avais absolument pas anticipée.
Ces accidents visuels m’intéressent. Ils obligent à abandonner parfois l’idée de départ pour suivre ce que l’image propose.
Certaines créations apparaissent rapidement. D’autres nécessitent de nombreuses tentatives. Il arrive aussi qu’un travail reste inachevé pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois avant que je ressente l’envie de le reprendre.
Je considère ces hésitations, ces essais et ces détours comme faisant pleinement partie du processus de création.
L’image finale n’est donc pas toujours l’exécution d’une idée préexistante.
Elle est souvent le résultat d’un dialogue entre ce que j’imaginais et ce que je découvre en travaillant.
Une pratique en mouvement
Les Planètes Imaginaires restent au cœur de mon univers, mais je n’ai jamais souhaité en faire une formule figée.
Au fil du temps, cette recherche m’a conduit vers le noir et blanc, vers des images de plus en plus abstraites, vers les Planètes Cristallines, mais aussi vers le relief et la réalité augmentée.
Ces explorations répondent toutes à une même envie : continuer à interroger la transformation de l’image et sa manière d’occuper l’espace.
Avec le relief, l’œuvre quitte en partie le plan de la photographie pour acquérir une présence physique.
Avec la réalité augmentée, elle peut au contraire se prolonger dans un espace virtuel, se mettre en mouvement et proposer une expérience immersive différente de l’image fixe.
D’autres procédés de tirage ou de présentation m’offrent encore de nouveaux territoires à explorer.
Je ne considère pas ces recherches comme des ruptures avec les Planètes Imaginaires. Elles en sont plutôt des prolongements.
Le langage évolue, mais l’interrogation reste la même : que peut encore devenir une photographie lorsque l’on accepte de dépasser ce qu’elle représente ?
Inviter à regarder autrement
Je souhaite enfin laisser une place importante au spectateur.
Une œuvre ne m’appartient plus complètement lorsqu’elle est regardée.
Chacun peut y voir quelque chose de différent, reconnaître une forme que je n’avais pas imaginée, inventer une histoire ou simplement se laisser porter par une couleur, une composition ou une sensation.
Cette liberté d’interprétation est importante pour moi.
Je préfère ouvrir des portes plutôt que donner toutes les réponses.
Mes Planètes Imaginaires sont ainsi des invitations à ralentir le regard, à s’écarter quelques instants de ce que l’on connaît et à accepter de ne pas tout identifier immédiatement.
Regarder autrement. Se laisser surprendre. Questionner ce que l’on voit. Et garder une place pour le beau, l’imaginaire et l’émerveillement.
C’est dans cet espace que je souhaite continuer à faire évoluer mon travail.






