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Paul Marnef, artiste photographe d’art contemporain, est le créateur des Planètes Imaginaires, une série de photographies originales proposées en finition fine art.

Mon premier tirage ZeroChrome-SbQ : une rencontre entre photographie, pigment et lumière

Il y a des moments où une image quitte le domaine du fichier, de l’écran ou de l’impression classique pour devenir autre chose : une matière, une surface, une présence. C’est exactement ce que j’ai ressenti en découvrant mon premier tirage réalisé avec le procédé ZeroChrome-SbQ.

Depuis plusieurs années, mon travail artistique s’articule autour des Planètes Imaginaires, une série de photographies transformées en mondes circulaires, en paysages recomposés, en univers suspendus. Ces créations naissent d’une relation entre la prise de vue, la transformation numérique, la composition et l’intuition poétique. Mais une œuvre photographique ne s’arrête pas à son image. Elle existe aussi par son support, sa finition, son format, sa texture, sa manière de capter la lumière.

C’est dans cette recherche autour de l’objet photographique que j’ai eu envie d’explorer le ZeroChrome-SbQ, un procédé photographique alternatif lié aux tirages pigmentaires. Pour cette première expérience, j’ai confié la réalisation du tirage à Frédéric Materne, photographe, spécialiste de la gomme bichromatée et professeur à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège. Son savoir-faire m’a permis de confronter mon univers visuel à une technique exigeante, où le pigment, la lumière, le papier et le geste manuel prennent une place essentielle.

Ce premier tirage sera présenté à l’automne dans une exposition à Bruxelles. Il marque pour moi une étape importante : celle d’un dialogue entre photographie contemporaine, procédés anciens revisités et matérialité du tirage d’art.

Qu’est-ce que le procédé Zerochrome-SbQ ?

Le ZeroChrome-SbQ est un procédé de tirage pigmentaire qui s’inscrit dans la grande famille des procédés photographiques alternatifs. Il peut être rapproché, dans son esprit, de techniques comme la gomme bichromatée, la caséine ou certains procédés au carbone direct. Dans tous ces cas, l’image n’apparaît pas par une impression jet d’encre classique, mais par l’action de la lumière sur une couche sensible composée d’un liant et de pigments.

Le principe général est fascinant. On prépare une couche pigmentée, sensible à la lumière, que l’on applique sur un support, souvent un papier adapté. Cette couche est ensuite exposée à travers un négatif ou un dispositif de contact. Les zones qui reçoivent la lumière réagissent différemment de celles qui restent protégées. Lors du développement, généralement à l’eau, l’image se révèle progressivement.

Le ZeroChrome-SbQ se distingue par sa volonté de proposer une alternative aux sels de chrome utilisés historiquement dans certains procédés pigmentaires, notamment la gomme bichromatée. Le nom même du procédé l’indique : “ZeroChrome” renvoie à l’idée d’un procédé sans chrome. Le SbQ, quant à lui, est associé à une chimie photosensible qui permet de rendre le liant réactif à la lumière.

Pour le dire simplement, le ZeroChrome-SbQ permet de créer une image photographique à partir de pigments, sans passer par les sels de chrome qui ont longtemps été associés à certains procédés historiques. Cela ne signifie pas que l’on peut pratiquer ce type de technique sans connaissance ni précaution, mais cela ouvre une piste très intéressante pour les artistes et tireurs qui souhaitent explorer des procédés pigmentaires plus contemporains.

Paul Marnef Tirage Photo Zerochrome Sbq

Mon premier tirage photo fine art Zerochrome-SbQ

Une filiation avec la gomme bichromatée

Pour comprendre l’intérêt du ZeroChrome-SbQ, il faut revenir à la gomme bichromatée. Ce procédé historique, apparu au XIXe siècle, repose sur un mélange de gomme arabique, de pigment et de sels de chrome. Exposé à la lumière, ce mélange durcit plus ou moins selon les zones, ce qui permet de faire apparaître une image au développement.

La gomme bichromatée occupe une place particulière dans l’histoire de la photographie. Elle a souvent été appréciée par les photographes pictorialistes, mais aussi par des artistes attirés par une photographie plus manuelle, plus interprétative, moins strictement mécanique. Chaque tirage peut être différent. Le choix du pigment, la densité des couches, le papier, le temps d’exposition, le développement et le geste du tireur influencent l’image finale.

Le ZeroChrome-SbQ s’inscrit dans cette même sensibilité : celle d’une photographie qui accepte la lenteur, la nuance, l’intervention humaine et l’imprévu. Mais il propose une approche contemporaine, en remplaçant les sels de chrome par une autre chimie photosensible.

C’est précisément ce lien entre tradition et innovation qui m’a intéressé. Le ZeroChrome-SbQ ne cherche pas à imiter simplement un procédé ancien. Il permet plutôt de prolonger une histoire : celle des images faites de lumière, de pigment et de patience.

Pourquoi ce procédé m’intéresse en tant qu’artiste photographe

Mon travail autour des Planètes Imaginaires repose sur une transformation du réel. Je pars d’une photographie, souvent prise dans un paysage, un lieu urbain, un espace naturel ou architectural. Ensuite, l’image est recomposée, courbée, retournée, travaillée jusqu’à devenir une planète, un monde autonome, une forme poétique.

Ce processus peut sembler très contemporain, presque numérique par nature. Pourtant, au fond, il rejoint une question beaucoup plus ancienne : comment une image devient-elle une œuvre ? Est-ce par le regard ? Par la composition ? Par le sujet ? Par le tirage ? Par la matière ?

Je veux également, dans ma démarche artistique, explorer d'autres voies, d'autres médias pour restituer mes créations.

Avec le ZeroChrome-SbQ, cette question prend une forme très concrète. L’image n’est plus seulement donnée par le fichier final. Elle est incarnée dans une matière pigmentaire. Elle se construit par couches, par exposition, par réaction à la lumière. Elle devient un objet photographique au sens fort du terme.

Ce qui me touche dans cette démarche, c’est le retour à une forme de lenteur. Dans un monde saturé d’images rapides, partagées, vues puis oubliées, le tirage pigmentaire impose un autre rythme. Il oblige à regarder autrement. Il invite à considérer l’image comme une présence physique, presque fragile, mais aussi profondément durable.

Une collaboration avec Frédéric Materne

Pour cette première expérience, j’ai choisi de travailler avec Frédéric Materne, dont l’expérience des procédés anciens, et notamment de la gomme bichromatée, était essentielle. Le ZeroChrome-SbQ demande une compréhension fine de la relation entre pigment, liant, lumière, support et développement. Il ne s’agit pas simplement de “sortir” une image, mais d’accompagner son apparition.

Cette collaboration est importante à mes yeux. Dans le domaine du tirage d’art, le rôle du tireur spécialisé peut être déterminant. L’artiste apporte une image, une intention, un univers. Le tireur apporte une maîtrise technique, une connaissance du procédé, une capacité à traduire cette intention dans une matière.

Le tirage devient alors le résultat d’un dialogue. Il ne trahit pas l’image d’origine ; il l’interprète. Il lui donne une autre densité, une autre vibration, une autre manière d’exister.

Dans mon cas, cette rencontre avec le ZeroChrome-SbQ m’a permis de voir mon travail autrement. Une Planète Imaginaire, imprimée selon ce procédé, ne produit pas la même sensation qu’un tirage Fine Art classique ou qu’une finition contemporaine comme le Chromaluxe. Elle semble appartenir à un autre temps. Elle conserve la part contemporaine de l’image, mais elle l’inscrit dans une matière plus lente, plus silencieuse, plus artisanale.

Frederic Materne Tirage Zerochrome Sbq

Frédéric Materne avec mon premier tirage Zerochrome-SbQ

Photographie, pigment et lumière

Ce qui me fascine dans ce premier tirage, c’est la manière dont il réunit trois éléments fondamentaux : la photographie, le pigment et la lumière.

La photographie, d’abord, parce que tout part d’une image. Même transformée, même recomposée, même devenue planète, l’œuvre garde un lien avec le réel. Elle vient d’un lieu, d’un instant, d’un regard.

Le pigment, ensuite, parce que la couleur n’est plus seulement une donnée numérique ou une encre déposée mécaniquement. Elle devient matière. Elle a une épaisseur, une présence, une relation directe avec le papier. Le pigment donne au tirage une qualité presque picturale, sans pour autant le faire sortir du champ photographique.

La lumière, enfin, parce qu’elle intervient à plusieurs moments. Elle est présente lors de la prise de vue. Elle est présente dans la transformation de l’image. Elle est surtout présente dans le procédé lui-même, puisque c’est elle qui agit sur la couche sensible et participe à la révélation du tirage.

C’est cette boucle qui m’intéresse : la lumière capte le monde, puis la lumière révèle à nouveau l’image sur le papier. Entre les deux, il y a le regard de l’artiste, le savoir-faire du tireur et la mémoire du pigment.

Une nouvelle étape dans mon travail artistique

Ce premier tirage ZeroChrome-SbQ ne remplace pas les autres finitions que je propose habituellement pour mes photographies d’art. Mes œuvres continuent d’exister en tirages Fine Art, en finitions contemporaines, en éditions limitées, dans différents formats. Mais cette expérience ouvre une autre piste.

Elle me permet d’explorer la photographie comme matière, comme trace, comme objet unique ou presque unique. Elle m’amène à réfléchir à la manière dont une même image peut changer de nature selon le procédé utilisé. Une œuvre n’est pas seulement son sujet ou sa composition. Elle est aussi la façon dont elle est produite, imprimée, révélée, présentée.

Le ZeroChrome-SbQ m’intéresse parce qu’il crée un pont entre plusieurs dimensions de mon travail : la transformation numérique, la photographie d’art, l’histoire des procédés, la lenteur du tirage, la présence physique de l’œuvre.

C’est une piste que je souhaite continuer à explorer.

Un tirage présenté à Bruxelles à l’automne

Ce premier tirage ZeroChrome-SbQ sera présenté à l’automne dans une exposition à Bruxelles dans la galerie Louise Linthout. J’aurai alors l’occasion de le montrer au public, non seulement comme une image issue de mon univers des Planètes Imaginaires, mais aussi comme une œuvre photographique portée par un procédé rare et exigeant.

J’aime l’idée que cette création puisse être regardée à plusieurs niveaux. On peut y voir une Planète Imaginaire, une image poétique, un monde circulaire. On peut aussi y voir un tirage pigmentaire, une surface travaillée, une rencontre entre une image contemporaine et un procédé photographique alternatif.

Cette exposition sera donc pour moi l’occasion de partager une nouvelle étape de ma recherche artistique. Elle dira quelque chose de mon rapport à la photographie : une photographie qui ne se limite pas à l’instant capturé, mais qui continue à vivre dans le choix du support, dans la matière du tirage et dans la manière dont l’œuvre rencontre le regard du spectateur.

Conclusion : de l’image à l’objet photographique

Avec ce tirage ZeroChrome-SbQ, j’ai le sentiment d’avoir franchi une nouvelle étape. Non pas une rupture, mais un approfondissement.

Depuis le début, mes Planètes Imaginaires cherchent à transformer le réel en univers poétique. Avec ce procédé, cette transformation se prolonge dans la matière même du tirage. L’image ne se contente plus d’être vue. Elle se touche du regard. Elle existe comme surface, comme pigment, comme lumière fixée.

C’est peut-être cela qui me passionne le plus dans cette expérience : le sentiment que la photographie peut encore surprendre, même après tant d’années d’images numériques, de fichiers haute définition et d’impressions parfaites. Elle peut redevenir lente, expérimentale, sensible, presque alchimique.

Ce premier tirage Zerochrome-SbQ est donc plus qu’un essai technique. C’est une rencontre. Une rencontre entre mon univers artistique, le savoir-faire de Frédéric Materne, la mémoire des procédés anciens et les possibilités contemporaines du tirage photographique.

Une rencontre entre photographie, pigment et lumière.